Chapitre 21

Chapitre 21
POV Bill

Le soleil inonde la façade de notre immeuble, déposant des taches de lumières sur les vitres des fenêtres entrouvertes. Un léger vent s'engouffre à travers les rideaux de ma fenêtre entrouverte, faisant voler le tissu fin. Je tiens toujours cette pochette multicolore entre mes doigts, sa surface brillante accrochant mes pupilles foncées. Trois syllabes s'y détachent, inscrites en lettres capitales noir. Erasmus. Un mot qui a lui seul, définit mon avenir proche, et peut être le sien. Mais pour l'instant, son esprit encore innocent ne sait rien de la tourmente qui le guette, dès l'instant où je lui aurais fait part de mon projet.

Mon pouce à l'ongle rongé, glisse sur la photographie de cette université aux briques rouges, que je ne connais pas encore, mais qui me semble déjà si concrète. Aussi concrète que la décision que je vais devoir l'obliger à prendre, pour que nous puissions continuer à parler de nous avec ce pluriel si singulier. Bien sûr, accepter de me suivre en Irlande n'a rien d'une décision définitive, et si l'envie le prend, il pourra toujours revenir à Berlin. Mais au-delà du geste, je ne vois que le symbole. Consciemment, et très égoïstement, je lui demande de me choisir, moi. De me préférer aux Autres. Et cette constatation ne fait qu'accentuer la douleur sourde qui résonne dans mes tympans, et qui m'empêche de retrouver mon souffle.

Je n'avais jusque-là jamais eu la moindre hésitation concernant la route que je devais suivre. Aucun doute, car je n'avais rien à quoi me raccrocher, et surtout rien ni personne à laisser derrière moi. Mais à présent, je ne peux oublier ses petits yeux noisette qui se remplissent de tendresse lorsqu'il les pose sur ma frêle silhouette. L'odeur de son shampooing lorsqu'il sort de la salle de bain, me laissant un petit message sur le miroir embué, ou encore la douceur avec laquelle il m'enlace, comme si j'étais une petite chose fragile qui risquait à tout moment de se briser. Non, ces moments ne peuvent pas être les derniers.

[...]

POV Tom

Je referme le battant de la porte d'entrée, profitant du calme de l'appartement silencieux. Et tout en déposant ma veste sur le porte manteau, je remarque ses santiags noires allongées sur le sol, l'une tombant sur l'autre, comme pour se supporter mutuellement. Se supporter, se donner le courage d'y croire encore, voilà ce que nous essayons de faire depuis maintenant une semaine. Les minutes défilent, et nous ne voulons pas les passer à sécher nos larmes respectives, même si dès que nous sommes seuls, nous ne pouvons les empêcher de rouler le long de nos joues rougies. Je ne m'habitue pas à son absence, et je ne peux que le serrer dans mes bras, encore et encore, pour tenter de le retenir quelques instants de plus dans cette réalité. Car je sens bien que son esprit est déjà tourné ailleurs, vers des espaces lointains et verdoyants où je ne suis plus qu'une ombre qui s'estompe. A cette pensée, ma gorge se serre et mes mains sont prises d'un violent frisson : j'aurais tellement aimé avoir le pouvoir de me graver dans son c½ur, de m'implanter éternellement dans ses sentiments, pour que toujours il se souvienne. Je ne pourrais supporter qu'il puisse un jour, reconstruire quelque chose de semblable avec un autre, me laissant comme seul souvenir, le goût de ses lèvres acidulées se pressant sur les miennes, si sèches.

[...]

POV Bill

Une douce lueur orangée se répand sur ma couette immaculée, et mes ongles s'enfoncent dans le papier glacé, alors qu'un léger courant d'air frais se répand à travers la pièce. Je devine sans le voir sa présence, gardant la tête baissée, et fuyant son regard empreint de lassitude. Une lassitude mêlée de ce sentiment d'injustice, qui est apparut dans ses pupilles fatigués depuis bientôt une semaine. Une flamme vive qui dévore ses prunelles noisette, embrasant son c½ur et l'empêchant de trouver le repos. Je sens alors sa main se poser sur mon genou en un geste apaisant, son pouce frottant doucement le tissu de mon jean brut. Ma vision se brouille, et je lâche la pochette qui tombe sur la moquette en un bruit sourd, avant de poser ma tête dans son cou, laissant son souffle chaud effleurer ma peau parfumée. Les muscles de son cou se tendent, avant qu'il ne me serre contre lui, entourant mon dos osseux de ses bras fins.

A cet instant, nos pensées se mêlent et les mêmes images s'inscrivent dans nos esprits, avant qu'une première larme ne coule le long de ma joue, venant s'échouer dans le coton de l'encolure de son T-shirt. Nous restons quelques instants ainsi, prostrés l'un contre l'autre, a écouté le bruit de nos souffles saccadés qui se mélangent au bourdonnement de nos c½urs comprimés. Mais il me faut une nouvelle fois être honnête avec lui, et c'est à contrec½ur que j'enfonce mes doigts dans la chair de ses bras, pour l'obliger à se desserrer de notre étreinte. J'attrape alors la pochette qui était tombé au sol, avant de lui tendre d'une main tremblante, essuyant d'un geste rapide les quelques larmes qui s'étaient échappés de mes yeux fatigués. Je n'ose pas le regarder, et je sens son regard peser lourd sur mon visage baissé avant qu'il ne décide de prendre la parole. Mon ventre se tord, je n'ai jamais autant redouté ses mots. Si il refuse...pour l'instant je ne veux pas l'envisager.

[...]

POV Tom

Erasmus Irlande. Ces deux mots se détachent du papier blanc sur lesquels ils sont inscrits, me laissant un goût amer au bord des lèvres. Ce pays qui va m'arracher la personne qui est la plus importante à mes yeux. Qui va me priver de ce bonheur tant attendu. J'écrase la feuille entre mes mains, avant de relever mes yeux sur son visage rougi. Sa lèvre inférieure est humide et il plaque une main désespérée sur sa bouche avant de se lever lentement, ses longs cheveux noirs me cachant ses traits fins. Sa voix est cassée et je ne peux que percevoir des balbutiements qui s'échappent à travers l'air alourdi de cette fin d'après midi. « Prends ton temps. Réfléchi bien. Je sais bien que...mais je ne peux pas accepter cela Tom ». Sur ces quelques paroles étranglées, il quitte alors la pièce, refermant doucement la porte derrière lui. Je peux l'imaginer se précipiter dans le salon pour s'enrouler dans une couverture dans l'espoir de retrouver son calme.

Et je reste immobile, assis sur ce lit qui m'est devenu si familier. Mes pupilles retombent sur le dossier que je tiens entre mes mains moites. En tournant les pages vantant les mérites de cette université irlandaise, je ne peux que penser à la réelle signification de cette demande. Je mentirais en affirmant que cette idée ne m'avait jamais effleuré. Durant les quelques nuits où le sommeil se refusait à mon esprit éreinté, je n'ai put que penser à notre future situation, et quitter la capitale allemande pour le suivre, m'est rapidement apparu comme notre unique échappatoire. Mais j'avais préféré écarter cette idée de mes pensées, la considérant comme contraire à ce qu'il avait tenté de construire. En effet, son indépendance récemment retrouvé s'accordait sans peine à son départ en solitaire, et je ne voulais pas, en lui imposant ma présence à ses cotés, mettre fin à cette tentative de prendre son envol.

Mais au moment même où il m'a tendu cette pochette, m'offrant sans le savoir, sa plus belle déclaration, j'ai compris que la situation avait évolué de manière encore plus prononcée que je ne le croyais. Ce n'était pas la peur qui motivait cette demande inespérée, il ne souhaitait pas que je suive le même chemin que lui de crainte de ne pas pouvoir faire face à cette nouvelle vie seul, mais seulement parce qu'il le désirait réellement. J'étais devenue la seule personne qu'il voulait trouver à ses côtés pour les prochaines années à venir, et il acceptait de me donner un peu de sa liberté pour que nous puissions continuer à avancer ensemble. La nuance est sans doute abstraite mais elle m'apparaît à présent comme essentielle, et je peux envisager cette proposition sous un jour nouveau.

Mes yeux étourdis par cette avalanche de sentiments contradictoires qui viennent de s'emparer de mon c½ur, s'attardent alors sur les murs de sa chambre, et je ne peux retenir un sourire en apercevant un cliché nous représentant tout les quatre, un peu joyeux après les derniers coups de minuit, durant la soirée du réveillon. C'est peut être ce soir là, en l'apercevant les yeux dans le vague, penché au bord du balcon, que j'ai pris conscience de mon besoin irrépressible de le protéger, de prendre soin de lui, de lui donner toute cette affection qui était là, coulant dans mes veines glacées, sans pour autant se répandre autour de moi. Et ce n'est qu'à son contact que j'ai pu laisser mes sentiments se réchauffer, pour réaliser que moi aussi, je pouvais devenir essentiel à l'existence d'une autre vie que la mienne.

Cette douce dépendance qui s'est installé au creux de mon ventre, me laissant le souffle court et le c½ur battant la chamade lorsqu'il se trouve à quelques mètres de moi ...non, je ne veux pas me libérer de cette emprise qu'il exerce sur la moindre fibre de mon être. Je vais donc devoir repousser une nouvelle fois, les limites imaginaires que me dictait ma raison, nous permettant de dessiner, à quatre mains, les contours de ce futur éclatant qui nous est promit. Et en apercevant une minuscule poupée russe, à la surface vernie brillant sous les rayons orangés du soleil couchant, et au sourire naïf figé, je sus que je venais de prendre la bonne décision.
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Quelques modification après relecture, je préfère ce chapitre ainsi. J'ai commencé l'épilogue, je le posterais dans la soirée =)

Bisous<3 et merci à tous !
Lucy**

# Postato martedì 03 giugno 2008 20:35

Modificato mercoledì 31 dicembre 2008 06:55

Epilogue

Epilogue

POV Tom

« Tom, tu n'aurais pas vu mon sac blanc ? ».

Relevant la tête de mon ordinateur portable où je finissais de lire mes e-mails, j'aperçois le visage démaquillé de Bill passer à travers l'embrasure de la porte de ma chambre. Il se hisse sur la pointe des pieds pour jeter un coup d'½il circulaire dans la pièce, et son bas de pyjama rayé glisse le long de ses hanches maigres, alors que son t-shirt rouge sang, dévoile son ventre pâle et encré. Attendrit par son sourire effronté, je m'élance du siège en mousse gris pour le serrer contre mon torse, enlaçant sa taille fine avant de plonger ma tête dans son cou, déposant de légers baisers sur sa peau brûlante.

Je peux sentir sa gorge se tendre sous mes doux assauts, alors qu'il rie doucement contre le lobe de mon oreille. Ses mains se glissent alors sous ma barrière de tissu, m'arrachant un frisson lorsqu'il caresse lentement le bas de mon dos. Un magnifique sourire s'étire sur ses lèvres charnues, reflet de notre plénitude partagé, et les échos de son rire cristallin résonnent dans mes tympans comme la plus belle des promesses. Une promesse de jours meilleurs, qui ne seront que la suite naturelle de notre bonheur actuel, un bonheur impossible à immortaliser, que nous ne pouvons que tenter de capturer à travers la pellicule de certains appareils photos, ou encore sur celle de ce photomaton vieillissant où nous étions allé nous réfugier un après midi de pluie.

Nos cheveux étaient trempés, nos lèvres bleuies, et sous nos vestes légères nous tremblions de froids, surpris tout deux par cette averse passagère. Mais qu'importe, l'important n'était pas là, et ces quelques clichés volées, sont à présent épinglés au dessus de mon bureau, trônant fièrement à coté de mon calendrier jaunie. Un calendrier où est entouré maladroitement au feutre rouge, une date, un certain 23 juin, date à laquelle un avion en partance pour Dublin décollera dans le ciel berlinois.

[...]

« Tom ! Bill ! Allez debout les gars ! ». La voix grave de Lucas nous tire de nos songes, et tout en poussant un petit gémissement de colère, Bill resserre son emprise sur mon corps, m'entourant de ses bras avant de retomber dans les bras de morphée. Je soulève alors mes paupières alourdies, avant de me dégager de son étreinte. Je ne sais que trop bien quel jour nous sommes. Dans quelques heures nous seront à l'aéroport, et cette pensée finit de me réveiller entièrement. Je caresse alors lentement sa joue avant de m'extirper de mon lit, me dirigeant comme un automate vers la cuisine d'où provient déjà des éclats de voix.

[...]

POV Bill

Le paysage défile à travers les vitres sales de la voiture de Lucas, et je m'amuse à taper le rythme de la musique qui résonne à travers mes écouteurs blancs, sur le bord de la fenêtre légèrement ouverte. L'air chaud de cette fin d'après midi se répand à travers le véhicule, et Chloé s'évente avec un magazine cornée reconvertit en éventail de fortune. Tom, assit à mes cotés, tente de poursuivre une conversation avec notre conducteur en passant outre les vombrissements du moteur, tout en jetant des coups d'½il fréquent à sa montre de sport. Sa fébrilité me rappelle ce week-end que nous avions passé dans son village natale, profitant de l'absence de ses parents pour investir la maison familiale.

Il avait tenu à me faire visiter sa ville et nous avions parcourus au petit matin, ces rues aux dalles irrégulières, empreintes de souvenirs encore frais dans sa mémoire. Les anecdotes s'étaient succédées et certaines m'avaient fait esquisser un sourire gentiment moqueur, avant qu'il ne se plaigne de mes moqueries. Par la suite, il m'avait conduit jusqu'à la colline qui surplombait les maisons endormis, pour me murmurer à l'oreille, dans le brouillard matinale qui se levait et laissait l'herbe trempée par la rosée, ces quelques mots : « Voici la ville dont je te parlais. Là, immobile, comme elle l'était. D'ici on voit, depuis la colline, le panorama, dans la nuit, les usines. D'ici je vois, mes anciens amours, la presqu'île, et ma vie avant toi. Voici ma ville »**.

Et à la nuit tombée, entre des draps imprégnés de poussière et d'adoucissant, entouré des posters qui tapissaient les murs de sa chambre d'enfant, nous avions liés nos peaux pour la première fois. Pour nous prouver, une fois encore, que notre décision de s'enfuir ensemble n'était pas un acte irréfléchi. Et lorsque le soleil s'est levé sur nos corps endormis et maladroitement enlacés, nos derniers doutes s'étaient estompés.

[...]

Les talons de mes santiags résonnent contre le carrelage du hall de l'aéroport, et Tom tire courageusement mon surplus de bagage jusqu'au panneau d'affichage, qui laisse défiler sur fond noir, de nombreuses destinations exotiques qui s'étalent en lettres capitales blanches. Mes pupilles accrochent alors un nom : « Dublin », et le numéro de la porte d'embarquement correspondante. Le vol ne décolle que dans une heure, mais après avoir enregistré mes valises, il nous faut nous diriger d'un pas rapide vers la porte d'embarquement.

Mon c½ur commence à battre plus fort, et je serre doucement la main de Tom, entrelaçant nos doigts. Il m'adresse alors un sourire encourageant, avant de s'arrêter devant les larges baies vitrées. De l'autre coté de cette vitre, se dresse mon avenir, un avenir où je vais faire mes premiers pas sans lui. Oh rassurez-vous, cette situation n'est que provisoire, et dans un mois, il me rejoindra avec la deuxième session de cet échange Erasmus. En attendant, je vais devoir prendre mes premières marques en suivant un stage préparatoire, tout en tentant de nous trouver un appartement pour que nous puisons nous installer confortablement.

Un nouvel appartement, pour un nouveau départ, et je peux vous assurez que pour nous deux, ce futur ne pourra être que radieux.

FIN

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Voilà, c'est fini ^__^ J'avoue me sentir un peu soulagé, je ne pensais pas pouvoir mener cette histoire jusqu'au bout =)

Merci à tout ceux qui ont suivit cette fiction jusqu'ici, malgrès mes retards de postage <3

J'espère que cette fin vous plaira, en tout cas j'ai été ravie d'écrire cette fiction, et j'espère pouvoir continuer à écrire par la suite, si je trouve le temps pour cela !

Bisous<33
Lucy**

** : paroles tirés de la chanson de Vincent Delerm : "Voici la ville".



Edit : Je voulais quand même adresser un merci spécial à Fanny (anchois<3), Fanny (Lieber-th-yaoi), GdouteG et ses magnifiques commentaires<33, Billy, Fluffy, Meiko, Naraulie, Sorakuro, pat-style, X-ThEfic-Th-X, th-georg-listing-fic, chagements-soudains-yaoi, haute-tense-iOn, x-totgeliebt-yaoi, x483-rette-mich-fic-483x, yaoi-hypnotik, je-mappelle-tom, lutti-story-th, kelly, Bill-hait-le-blanc, x-d0li-prane-x, darkbloodymary, SC-DiFFERENCE, b-t-pourquoi-pas, x-choubiichewii-x, et 2aliki200.

+++ Un énorme merci à tout ceux qui ont lu cette fiction, et qui l'ont aimé (ou pas) <3

Hum, je pense reprendre ma deuxième fiction pendant les vacances, je suis en pleine écriture du prochain chapitre ^____^

# Postato venerdì 13 giugno 2008 18:52

Modificato mercoledì 31 dicembre 2008 07:12